Alors que la vague de violences xénophobes visant les ressortissants étrangers continue de s’intensifier en Afrique du Sud, le silence et l’absence de mesures concrètes des autorités de la République démocratique du Congo alimentent une vive inquiétude. Malgré les alertes lancées depuis plusieurs semaines au Parlement, aucun plan officiel de protection ou de rapatriement des Congolais n’a, à ce jour, été annoncé.
Depuis plusieurs mois, des migrants africains sont la cible d’agressions, de pillages, d’expulsions de leurs lieux de travail et de leurs domiciles dans plusieurs villes sud-africaines. Les manifestations ont pris une nouvelle ampleur à l’approche du 30 juin, date fixée par certains groupes de manifestants comme ultimatum exigeant des étrangers qu’ils ferment leurs commerces et quittent le pays.
Les victimes ne sont pas uniquement des personnes en situation irrégulière. Des Congolais détenteurs de titres de séjour valides affirment avoir perdu leurs emplois, leurs commerces et parfois l’ensemble de leurs biens. Plusieurs familles vivent désormais dans la peur, sans assistance et sans perspective de retour.
Pourtant, cette situation était connue des autorités congolaises. Lors de la séance plénière du 7 mai 2026, le président de l’Assemblée nationale avait attiré l’attention de la représentation nationale sur la dégradation de la situation sécuritaire des ressortissants congolais établis en Afrique du Sud. Le lendemain, le 8 mai, la ministre des Affaires étrangères, invitée devant la représentation nationale, avait assuré les députés de son implication et promis des démarches appropriées dans un bref délai.
Au cours des échanges, des élus avaient également plaidé pour la mise en place d’une commission de suivi afin d’évaluer l’évolution de la situation et d’accompagner les actions gouvernementales en faveur des Congolais vivant en Afrique du Sud.
Plusieurs semaines après ces engagements, une question demeure : quelles mesures ont effectivement été prises ?
À ce jour, aucun programme officiel de rapatriement n’a été rendu public, aucune assistance humanitaire d’envergure n’a été annoncée et aucune communication gouvernementale ne permet de rassurer les milliers de Congolais confrontés à cette crise.
Cette absence de réaction contraste avec l’attitude de certains pays africains qui ont entrepris des opérations de protection ou de rapatriement de leurs ressortissants face à la montée des violences. Même la République du Congo (Congo-Brazzaville) a engagé des démarches pour assister et rapatrier ses citoyens les plus exposés.
Au-delà de la question humanitaire, cette crise interpelle sur la capacité de l’État congolais à assurer la protection de ses citoyens à l’étranger, mission pourtant reconnue parmi les responsabilités fondamentales de toute diplomatie.
À l’heure où des milliers de Congolais vivent dans l’angoisse, parfois privés de leurs moyens de subsistance et contraints d’abandonner les investissements de toute une vie, l’attente d’une réponse forte des autorités devient de plus en plus pressante.
Les engagements pris devant la représentation nationale appellent désormais des actes. Pour de nombreux observateurs, la protection des ressortissants congolais en Afrique du Sud ne peut plus se limiter à des déclarations d’intention. Face à l’urgence humanitaire et sécuritaire, l’heure est désormais à l’action.
Michel Kasanga