Dans une plénière marquée par des débats vifs autour de l’introduction précoce de l’anglais dans le système éducatif, l’intervention du député national Nyamangyoku Ishibwela Obedi, élu de Fizi, a tranché par sa sobriété et sa profondeur.
Sans invectives ni posture politicienne, le député a livré un plaidoyer structuré, ancré dans les réalités du terrain et centré sur l’essentiel : la qualité de l’éducation et la préservation de l’identité culturelle congolaise.
« Avant l’anglais, parlons d’écoles », a-t-il lancé d’entrée, appelant à recentrer le débat sur les fondements du système éducatif. Pour lui, l’urgence n’est pas l’introduction précipitée d’une langue étrangère dès la maternelle, mais bien la consolidation des bases : infrastructures, formation des enseignants et contenus pédagogiques adaptés.
L’élu de Fizi a insisté sur un point clé : les langues nationales ne sont pas de simples outils de communication, mais des vecteurs de culture et d’identité. « Introduire l’anglais trop tôt risque de créer une rupture entre l’enfant et ses racines », a-t-il averti, soulignant que de nombreux élèves peinent déjà à maîtriser leur langue maternelle.
Dans une proposition structurée, il a défendu l’idée de faire des quatre langues nationales le socle de l’enseignement primaire, jusqu’en sixième année. Une approche qu’il considère comme essentielle pour renforcer la cohésion nationale dans un pays aux multiples diversités.
« Nous formons une seule nation, un seul peuple », a-t-il rappelé, tout en mettant en garde contre les fractures culturelles et linguistiques qui pourraient s’accentuer sans une politique éducative cohérente.
Loin de rejeter l’anglais, le député en reconnaît pleinement l’importance comme langue des sciences, du commerce et de l’ouverture internationale. Mais il plaide pour une introduction progressive et stratégique, à partir du cycle secondaire, où son apprentissage serait plus efficace et mieux assimilé.
Au-delà du débat linguistique, Nyamangyoku Obedi a également appelé à la tenue d’États généraux de l’enseignement, afin de repenser en profondeur les priorités du secteur éducatif congolais.
Son intervention, saluée dans les couloirs du Palais du Peuple, se distingue par une approche pragmatique : phase pilote, formation des enseignants, élaboration de manuels adaptés. Une démarche qui contraste avec certaines propositions jugées précipitées.
Dans un contexte où les réformes éducatives suscitent des attentes fortes, la prise de parole de l’élu de Fizi apparaît comme un rappel utile : moderniser l’école congolaise ne peut se faire au détriment de ses fondations culturelles.
Michel Kasanga