lun. Mai 11th, 2026

À l’Assemblée nationale, le député national Iracan Gracien de Saint-Nicolas a livré une intervention particulièrement musclée sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, dénonçant l’inefficacité persistante de l’état de siège en Ituri ainsi que l’abandon des populations civiles face aux massacres récurrents.

Prenant la parole dans un contexte marqué par la recrudescence des violences armées, l’élu de Bunia a rappelé que l’évaluation de l’état de siège n’avait rien d’exceptionnel, soulignant qu’une première démarche similaire avait déjà été menée en 2021 par les commissions Défense et Sécurité des deux chambres du Parlement. Selon lui, plusieurs recommandations formulées à l’époque, notamment en faveur d’une levée ou d’un réaménagement du dispositif, peinent encore à produire des effets concrets sur le terrain.

Dans un ton grave, le député a également dénoncé l’absence de collaboration entre certaines autorités militaires de l’état de siège et les représentants du peuple. Il a affirmé que plusieurs élus nationaux, parmi lesquels Vital Kamerhe, Abdallah Pene Mbaka ainsi que lui-même, auraient été publiquement menacés à travers une radio locale en Ituri, sans qu’aucune réaction judiciaire ou sécuritaire n’ait été enregistrée jusqu’à ce jour.

« Le ministère de la Défense s’est déclaré incompétent », a-t-il regretté, dénonçant également le silence du bureau de l’Assemblée nationale malgré plusieurs correspondances adressées au sujet de la sécurité des députés.

Sur le plan humanitaire, l’intervention du député a dressé un tableau alarmant de la situation dans le territoire de Djugu, particulièrement dans la zone de Boule. Selon les chiffres avancés, 159 civils auraient été tués entre le 18 avril et le 11 mai, portant à près de 700 le nombre total de morts enregistrés depuis le début de l’année en Ituri.

L’élu de Bunia a par ailleurs pointé du doigt la capacité inquiétante des rebelles ADF à infiltrer des centres urbains pourtant supposés sécurisés, notamment à Komanda et Mambasa. Il a dénoncé l’impuissance des services de renseignement et de sécurité face aux incursions rebelles, lesquelles se traduisent par des pillages, des enlèvements et des actes assimilés à une réduction des civils en esclavage.

Face à cette situation, Iracan Gracien de Saint-Nicolas a annoncé transformer sa question écrite adressée au ministère de la Défense sur l’activisme des ADF en procédure formelle d’interpellation, jugeant les réponses fournies largement insuffisantes au regard de la gravité des faits dénoncés.

Le parlementaire a également appelé le gouvernement à agir de toute urgence pour protéger les populations civiles exposées aux violences armées. Il a notamment demandé au ministre de la Justice d’ouvrir des enquêtes judiciaires sur les massacres de femmes, d’enfants et de mineurs afin d’identifier les auteurs et les motivations de ces crimes.

Enfin, tout en reconnaissant certains efforts du gouvernement, notamment les travaux d’élargissement de l’aéroport de Bunia, le député a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités des services de renseignement afin de prévenir les infiltrations rebelles et restaurer l’autorité de l’État dans les zones en conflit.

Par cette sortie au ton particulièrement offensif, l’élu de l’Ituri remet une nouvelle fois au centre du débat national la question de l’efficacité réelle de l’état de siège, alors que les populations de l’Est continuent de payer un lourd tribut à l’insécurité.

Michel Kasanga

By PR

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