jeu. Avr 30th, 2026

À l’Assemblée nationale, la relance de la Société textile de Kisangani (Sotexki) s’impose de nouveau comme un test de crédibilité de la politique industrielle congolaise. Mercredi 29 avril, lors de l’audition du ministre de l’Industrie, Justin Kalumba Mwana Ngongo, consécutive à une question orale avec débat du député Théoveul Lotika Likwela, le dossier a cristallisé des enjeux bien au-delà du seul secteur textile.

Au cœur des échanges, l’intervention du député Jacques Cime Wangunwa a marqué les esprits par son approche technique et structurée. L’élu de Kolwezi a défendu une relance fondée sur des bases scientifiques solides, rompant avec les pratiques passées caractérisées par une forte dépendance aux importations de matières premières.

Pour lui, la viabilité de la Sotexki repose avant tout sur la reconstruction d’une filière cotonnière locale capable d’alimenter durablement l’industrie. « Éviter les erreurs du passé » implique notamment de privilégier la production nationale du coton, plutôt que de recourir systématiquement à des intrants importés, a-t-il insisté.

Dans une démonstration rare dans l’hémicycle, Jacques Cime Wangunwa a détaillé les caractéristiques agronomiques du cotonnier, plaidant pour une sélection judicieuse des variétés les plus performantes, notamment gossypium barbadense, reconnue pour la qualité supérieure de ses fibres. Une orientation qui, selon lui, permettrait d’optimiser les rendements tout en posant les bases d’une industrialisation cohérente.

Sur le plan opérationnel, le député a jugé réaliste l’échéance de financement évoquée pour le mois de juin, rappelant que le cycle de production du coton reste relativement court, de la semence à la récolte. Une lecture qui tend à déplacer le débat des contraintes techniques vers les défis structurels, notamment l’accès au financement, l’organisation des filières agricoles et la gouvernance des entreprises publiques.

Au-delà de la production textile, l’élu de Kolwezi a également mis en avant les perspectives de diversification économique liées au coton. Les graines, une fois transformées, peuvent produire une huile utilisable en cosmétologie et en pharmacie, après élimination du gossypol, une substance toxique. Une opportunité qui ouvre la voie à la création d’industries connexes à forte valeur ajoutée.

En filigrane, l’intervention de Jacques Cime Wangunwa pose la question du rôle de l’État dans la relance industrielle : simple facilitateur ou véritable stratège capable de structurer une chaîne de valeur complète, du champ à l’usine. Car la remise en service de la Sotexki suppose non seulement un investissement financier, mais aussi un accompagnement des agriculteurs, une sécurisation des débouchés et une coordination efficace entre acteurs publics et privés.

Pour le député, l’enjeu dépasse la seule survie d’une entreprise. La Sotexki pourrait devenir un levier de développement intégré, capable de dynamiser les économies locales, de créer des emplois et de repositionner la RDC dans une logique de production plutôt que d’importation.

Reste à savoir si cette ambition se traduira en actes. Dans un pays où plusieurs projets de relance industrielle ont échoué à franchir le cap de la mise en œuvre, la Sotexki apparaît désormais comme un indicateur clé de la capacité des autorités à transformer les intentions en résultats concrets.

Prince Muelela

By PR

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