La rentrée scolaire 2026-2027 aura bien lieu le 1er septembre en République démocratique du Congo, mais les élèves ne retrouveront pas tous les salles de classe dans les mêmes conditions. Face à la résurgence de la maladie à virus Ebola, le gouvernement congolais a décidé d’adapter le fonctionnement des établissements scolaires en fonction du niveau de risque épidémiologique.
Sur les 138 sous-divisions éducationnelles recensées dans les provinces touchées par l’épidémie, 40 sont concernées par Ebola. Parmi elles, 18 sont classées à haut risque. Dans ces zones, les autorités ont décidé de privilégier temporairement l’enseignement à distance afin de limiter les rassemblements d’élèves et réduire les risques de transmission du virus.
La mesure a été annoncée mardi 18 août lors du briefing du gouvernement coanimé par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, ainsi que le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba.

Le gouvernement a retenu trois niveaux de réponse. Dans les zones vertes, où aucun cas d’Ebola n’est signalé, les cours se dérouleront normalement en présentiel à partir du 1er septembre. Dans les zones orange, où la maladie est présente, les activités scolaires pourront se poursuivre, mais avec un renforcement des mesures de prévention et le respect strict des protocoles sanitaires.
Dans les zones rouges, correspondant aux 18 sous-divisions classées à haut risque, les élèves ne seront temporairement pas accueillis dans les salles de classe comme à l’accoutumée. Le dispositif reposera principalement sur des supports pédagogiques imprimés et des émissions radiophoniques.
Raïssa Malu a précisé que cet enseignement à distance ne reposera donc pas nécessairement sur Internet ou sur des outils numériques. Les supports imprimés seront élaborés à partir des programmes scolaires et recentrés sur les apprentissages essentiels. Ils seront mis à la disposition des élèves avec l’appui des établissements scolaires et des parents.
Des émissions diffusées par les radios locales et communautaires viendront compléter ces supports afin de maintenir la continuité pédagogique. L’objectif est d’éviter une rupture avec l’école tout en limitant les contacts physiques dans les zones où le risque de contamination est jugé élevé.
Les établissements concernés ne seront toutefois pas totalement fermés. Les enseignants et les encadreurs continueront à assurer les activités liées au fonctionnement pédagogique. L’accès des élèves sera, lui, organisé de manière contrôlée. Les parents pourront notamment se rendre dans les écoles, selon un système de rotation, pour récupérer les supports destinés à leurs enfants.
Des dispositifs de lavage des mains et des kits sanitaires doivent également être installés dans les établissements concernés.
Cette première phase du dispositif est prévue pour quatre semaines. À son terme, la situation épidémiologique sera réévaluée par les autorités éducatives et sanitaires. En fonction de l’évolution de l’épidémie, les mesures pourront être prolongées par périodes successives de quatre semaines.
Pour le gouvernement, cette organisation doit permettre de préserver le droit à l’éducation sans exposer inutilement les élèves, les enseignants et leurs familles. L’enjeu est également d’empêcher qu’une zone verte ne devienne orange ou qu’une zone orange ne bascule dans le rouge.
Le ministère de l’Éducation nationale assure par ailleurs que les élèves concernés par ce dispositif ne seront pas pénalisés dans leur parcours scolaire. Ils devraient continuer à avoir accès aux épreuves certificatives, notamment à l’examen d’État, selon les mesures d’accompagnement qui seront arrêtées par les autorités.
Si l’épidémie devait se prolonger jusqu’à la période des examens, le gouvernement prévoit de maintenir les épreuves dans les établissements, avec un renforcement des mesures sanitaires, notamment la distanciation et les dispositifs de prévention.
Cette rentrée adaptée intervient alors que les autorités sanitaires cherchent également à renforcer la gestion de la riposte contre Ebola. Lors du même briefing, le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, a dénoncé ce qu’il présente comme des pratiques frauduleuses dans la gestion des effectifs mobilisés contre l’épidémie.

Selon lui, certaines listes de personnel comporteraient des personnes fictives bénéficiant de primes liées aux opérations de riposte. Samuel Roger Kamba estime que près de 20 % des effectifs déclarés pourraient être fictifs, une pratique qu’il a qualifiée d’« Ebola Business ».
Le gouvernement veut notamment renforcer l’identification des intervenants à travers la biométrie, centraliser les paiements et harmoniser les rémunérations afin de mieux sécuriser les ressources consacrées à la riposte.
Le briefing gouvernemental a également été marqué par une nouvelle mise au point sur la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Patrick Muyaya a réagi à des déclarations faites lors de la commémoration du génocide de Gatumba, notamment à celles de responsables rwandais présentant les Banyamulenge comme des « Rwandais vivant au Congo » et les appelant, selon Kinshasa, à prendre les armes aux côtés du M23.
Le gouvernement congolais considère ces déclarations comme susceptibles d’alimenter davantage les tensions dans la région. Kinshasa a également accusé l’armée rwandaise d’utiliser des ambulances pour acheminer clandestinement du matériel destiné à des opérations de drones d’attaque. Ces accusations interviennent dans un contexte marqué par la poursuite des tensions entre la RDC et le Rwanda autour du conflit dans l’est du pays.
À partir du 1er septembre, l’école congolaise devra donc composer avec l’épidémie selon une logique territoriale : enseignement normal dans les zones à faible risque, mesures sanitaires renforcées dans les zones intermédiaires et enseignement à distance dans les 18 sous-divisions classées à haut risque.

Le gouvernement entend ainsi concilier deux impératifs : maintenir la continuité de l’éducation et limiter la propagation d’Ebola dans les zones les plus exposées.
Prince Muelela