En 1994, Abdoulay Kayembe n’a que 18 ans lorsqu’il quitte Kinshasa pour l’Angola. Comme de nombreux jeunes Congolais de sa génération, il part avec un rêve : apprendre le métier du diamant, acquérir de l’expérience et revenir un jour investir dans son pays, la République démocratique du Congo.
Pendant plus de trente ans, il consacre sa vie à cet objectif. Loin de sa famille, il apprend les rouages de l’exploitation diamantifère, développe son expertise et construit progressivement un réseau de partenaires. Son ambition est simple : mettre cette expérience au service de son pays et contribuer à son développement économique.

En 2004, il rentre en République démocratique du Congo avec la volonté de concrétiser ce projet. Après plusieurs années de démarches administratives, il obtient toutes les autorisations requises pour exploiter légalement une concession de plus de 5 000 hectares située vers le village 1008 et Kabungu à la rivière Tshihumbu.
À travers la coopérative Comila, dont il est le président, Abdoulay Kayembe noue un partenariat avec la société chinoise Oasis Mines. Les deux structures travaillent ensemble sur deux sites : la concession de Tshihumbu et un second site situé dans la zone non couverte de Tshinginde et Muamuengo, à la rivière Lumbembe.
Le projet prend rapidement de l’ampleur. Les partenaires chinois investissent dans les équipements, les travaux démarrent et les perspectives sont encourageantes. Au-delà de l’exploitation minière, l’initiative doit permettre de créer des emplois, de générer des revenus pour les communautés locales et de participer au développement économique de la province.
Malheureusement, les activités sur les deux sites sont brutalement suspendues pendant près de trois ans. Les machines restent immobilisées durant cette période. Certains équipements sont même utilisés sans son autorisation.
Selon les témoignages d’Abdoulay Kayembe, ces événements se sont produits sous l’autorité et la bénédiction de lactuel gouverneur du Kasaï Crispin Mukendi, avec l’implication de plusieurs responsables administratifs, sécuritaires et judiciaires.

Les conséquences sont considérables. Les pertes financières s’accumulent. Les chantiers restent à l’arrêt. Les travailleurs attendent la reprise des activités. Les partenaires étrangers perdent progressivement confiance dans le projet.
Puis survient ce qu’Abdoulay Kayembe décrit comme le coup le plus dur : les partenaires chinois décident de se retirer. Les investissements consentis disparaissent, les emplois sont perdus et un projet qu’il présente comme le fruit de plus de trente années de travail s’effondre.
Estimant avoir subi un grave préjudice, Abdoulay Kayembe affirme avoir saisi les autorités judiciaires compétentes afin que les faits qu’il dénonce soient examinés.
Au-delà de son cas personnel, l’entrepreneur estime que cette affaire soulève une question essentielle : celle de la protection des investisseurs en République démocratique du Congo.

Son triste sort intervient dans un contexte où les autorités congolaises multiplient pourtant les initiatives destinées à améliorer le climat des affaires et à attirer les investissements nationaux et étrangers. Pour de nombreux observateurs, la réussite de cette ambition dépend notamment de la sécurité juridique, du respect du droit de propriété, de l’impartialité des institutions et de la confiance accordée au système judiciaire.

Comment encourager les Congolais de la diaspora à revenir investir dans leur pays si certains entrepreneurs affirment avoir perdu le fruit de plusieurs décennies de travail ?
Comment créer des emplois durables lorsque des projets d’investissement sont interrompus et que les partenaires finissent par se retirer ?
Pour Abdoulay Kayembe, ces interrogations dépassent largement son dossier personnel. Derrière chaque entreprise qui cesse ses activités, ce sont des familles qui perdent leurs revenus, des travailleurs qui se retrouvent sans emploi et des projets de développement qui disparaissent.
« Je ne demande ni privilège ni faveur. Je demande simplement que la justice fasse son travail et que toute la lumière soit faite sur cette affaire », affirme-t-il.
Son combat est aujourd’hui celui d’un entrepreneur qui souhaite voir les institutions examiner son dossier en toute indépendance. Il dit attendre que les faits qu’il dénonce soient établis ou infirmés par la justice, seule compétente pour dire le droit.
Car, selon lui, un pays qui protège les investisseurs respectueux des lois inspire confiance. Un pays où les institutions fonctionnent de manière impartiale attire davantage de capitaux, favorise l’entrepreneuriat et crée des opportunités pour sa jeunesse.
La République démocratique du Congo dispose d’immenses ressources naturelles. Mais pour de nombreux acteurs économiques, sa plus grande richesse demeure la confiance : la confiance dans la justice, la confiance dans les institutions et la certitude que le travail honnête sera protégé.
Si vous lisez ce récit aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour découvrir l’histoire d’un homme. C’est aussi pour réfléchir à l’avenir de tous ceux qui osent entreprendre en République démocratique du Congo.
L’objectif n’est pas d’alimenter la polémique ni de désigner des coupables avant que la justice ne se prononce. Il est d’encourager la manifestation de la vérité, dans le respect de l’État de droit et des garanties accordées à toutes les parties.
Abdoulay Kayembe affirme rester ouvert à toute institution, organisation ou autorité qui souhaiterait examiner son dossier, écouter son témoignage ou contribuer à la recherche d’une solution conforme à la loi.
Parce qu’au-delà d’un homme, c’est la confiance des entrepreneurs et des investisseurs dans les institutions qui est en jeu. Et cette confiance constitue sans doute l’un des fondements les plus précieux du développement économique de la République démocratique du Congo.

Patriote profondément attaché à la République démocratique du Congo, Abdoulay Kayembe affirme garder une confiance intacte dans les institutions de son pays. Persuadé d’être dans la vérité, il croit fermement que la justice, en toute indépendance, finira par trancher son dossier et le rétablir dans ses droits.