À Kinshasa, la question de la gouvernance administrative s’est une nouvelle fois invitée au cœur des débats parlementaires. En pleine plénière du 30 avril, et à travers une motion d’information, le député national Nyenemo Sanguma, élu du Sud-Ubangi, a jeté une lumière crue sur un dysfonctionnement persistant de l’État : l’existence de milliers de fonctionnaires régulièrement matriculés, mais toujours privés de rémunération.
Derrière ce constat, c’est toute la mécanique de gestion des ressources humaines de la fonction publique congolaise qui est mise en cause. Selon l’élu, près de 400 000 agents de l’État, pourtant officiellement enregistrés, ne perçoivent aucun salaire, une situation qui touche particulièrement les provinces du Sud-Ubangi, du Nord-Ubangi et de l’Équateur. Un chiffre qui illustre l’ampleur d’un déséquilibre systémique entre les effectifs déclarés et les capacités réelles de prise en charge budgétaire.
Au-delà de l’indignation, le député national a choisi d’interpeller directement le Vice-Premier ministre, ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Liahu, l’invitant à clarifier les responsabilités. En filigrane, c’est la crédibilité même de l’appareil administratif qui est en jeu. Nyenemo Sanguma s’appuie notamment sur une déclaration antérieure du ministre lui-même, évoquant l’existence d’un « système mafieux » au sein de son département, une reconnaissance rare qui suggère l’enracinement de pratiques opaques dans la gestion des carrières et des rémunérations.
Cette sortie parlementaire met en relief une contradiction majeure : comment un État peut-il continuer à produire et valider des matricules sans garantir, en aval, la soutenabilité salariale ?
Dans ce contexte, l’exigence de redevabilité formulée par le député Nyenemo Sanguma résonne comme un rappel à l’ordre institutionnel. « La redevabilité n’est pas une option, c’est une obligation », a-t-il martelé, appelant implicitement à une rupture avec les pratiques actuelles.
Reste à savoir si cette interpellation débouchera sur des mesures concrètes ou si elle viendra s’ajouter à la longue liste des alertes sans lendemain dans un secteur où les réformes, bien que régulièrement annoncées, peinent encore à produire des effets tangibles.
Prince Muelela