sam. Oct 31st, 2026

Face à la Première ministre, Judith Suminwa, l’élue du Haut-Uélé a appelé à une réorientation stratégique du projet de loi de finances 2027 autour de la sécurisation du territoire national. Réallocation des crédits vers la défense et la sécurité, développement d’une industrie locale d’armement, renforcement des capacités des forces de défense et critique de la dispersion des priorités gouvernementales : son intervention à l’Assemblée nationale place les impératifs sécuritaires au cœur du débat budgétaire.

Le débat autour du projet de loi de finances 2027 prend une dimension particulièrement stratégique à l’Assemblée nationale. Lors de la présentation du texte par la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, le 29 octobre 2026, l’honorable Geneviève Inagosi a livré une intervention axée sur une exigence majeure : faire du budget national un véritable instrument de réponse aux défis sécuritaires auxquels la République démocratique du Congo est confrontée.

Pour l’élue du Haut-Uélé, le contexte national, marqué notamment par l’agression rwandaise et la persistance de l’insécurité dans plusieurs territoires, impose une révision des priorités budgétaires. Son argument est clair : les ambitions stratégiques de l’État doivent se traduire concrètement dans les allocations financières.

Une économie de guerre comme impératif stratégique

Au-delà de l’appréciation des équilibres financiers du projet de budget, Geneviève Inagosi estime que la multiplicité des objectifs stratégiques risque de diluer l’effort national. Elle plaide ainsi pour un recentrage du budget 2027 sur un objectif prioritaire : la sécurisation pleine et maximale du territoire national.

Cette orientation devrait, selon elle, passer par la mise en place d’une véritable économie de guerre.

Dans cette perspective, la députée propose notamment un relèvement significatif des investissements et des dépenses consacrés à la défense et à la sécurité, grâce à la réallocation des crédits affectés aux programmes non prioritaires ou caractérisés par de faibles taux d’exécution.

Son plaidoyer va cependant au-delà de l’augmentation des dépenses militaires. Elle préconise également des investissements directs dans l’industrie locale d’armement ainsi que le renforcement de la formation professionnelle des forces de défense et de sécurité.

L’objectif poursuivi est double : réduire la dépendance du pays aux importations et construire progressivement une capacité industrielle nationale au service de la souveraineté sécuritaire.

Le Haut-Uélé, illustration concrète de l’urgence sécuritaire

L’intervention de Geneviève Inagosi tire également sa pertinence de la situation sécuritaire dans sa province d’origine, le Haut-Uélé.

En évoquant les réalités vécues dans cette partie du pays, particulièrement dans le territoire de Wamba, son fief électoral, la députée rappelle que l’insécurité ne constitue pas uniquement une préoccupation des provinces traditionnellement touchées par les conflits armés dans l’Est de la RDC.

Elle attire l’attention sur les menaces armées, les déplacements de populations, les urgences sanitaires et les activités des groupes criminels qui affectent plusieurs territoires de la province.

Elle évoque notamment l’expansion du rayon d’action des Forces démocratiques alliées (ADF), les enlèvements, les incursions et les pillages de villages, ainsi que les attaques attribuées à des bandes armées et à des milices non identifiées.

À travers cette interpellation, l’élue souligne que la sécurité doit être appréhendée comme une question nationale, dont les implications dépassent largement les seules zones de conflit habituellement médiatisées.

Un budget qui doit traduire des résultats concrets

Sur le plan économique et financier, Geneviève Inagosi n’a pas manqué de soulever des interrogations sur la sincérité des prévisions de recettes et la cohérence entre les moyens mobilisés et les résultats attendus.

Elle a notamment relevé la fragilité potentielle d’un équilibre budgétaire reposant sur des hypothèses de croissance des recettes qu’elle juge ambitieuses au regard du contexte économique et sécuritaire du pays.

Le projet de loi de finances 2027, présenté à hauteur de 56 930 milliards de francs congolais, prévoit, selon les chiffres évoqués lors de la présentation, une progression de 11,9 % par rapport au budget 2026 rectifié.

Pour la députée, cette évolution appelle une vigilance particulière. Elle estime qu’un budget ne saurait reposer sur de simples projections, mais doit s’appuyer sur des assiettes fiscales consolidées et des recettes effectivement mobilisables.

Elle insiste également sur la nécessité de renforcer le lien entre les crédits budgétaires et les résultats attendus au bénéfice de la population. Les programmes publics doivent, selon son analyse, être évalués à partir de leur impact humain réel, plutôt qu’à travers des indicateurs essentiellement formels ou conformes aux attentes des partenaires techniques et financiers.

« Il existe plusieurs gouvernements au sein du Gouvernement » : une interpellation sur la cohésion de l’Exécutif

L’autre séquence marquante de son intervention concerne le fonctionnement interne du Gouvernement et la définition des priorités budgétaires.

S’adressant directement à la Première ministre, Geneviève Inagosi a dénoncé ce qu’elle considère comme une incohérence dans le processus de préparation du budget. Elle s’est interrogée sur les sollicitations répétées de plusieurs membres du Gouvernement qui, lors des travaux en commission, viennent demander le relèvement des crédits alloués à leurs ministères.

Pour elle, cette situation révèle un problème qui doit être résolu en amont : les priorités des différents ministères devraient être harmonisées et arbitrées au niveau du Gouvernement avant la transmission du projet de budget au Parlement.

C’est dans ce contexte qu’elle a lancé une formule particulièrement interpellatrice : « Nous avons parfois l’impression qu’au sein du Gouvernement, il existe plusieurs gouvernements. »

Une manière de questionner la cohésion de l’équipe gouvernementale et la cohérence des arbitrages budgétaires, notamment entre les ministères sectoriels et les structures intervenant dans la chaîne de la dépense.

Pour l’élue, l’Assemblée nationale ne devrait pas être appelée à arbitrer des divergences qui auraient normalement dû être résolues au sein de l’Exécutif.

Un appel à l’appropriation parlementaire du budget

Malgré ses observations et ses réserves, Geneviève Inagosi n’a pas appelé au rejet du projet de loi de finances 2027.

Au nom de son groupe parlementaire, elle a plutôt invité ses collègues à réserver un accueil favorable au texte, tout en annonçant la possibilité de l’améliorer au cours des travaux en commission.

Cette position traduit une démarche qui consiste à reconnaître le projet gouvernemental comme base de travail parlementaire, sans renoncer à l’exercice du pouvoir d’amendement et de contrôle de la représentation nationale.

Au fond, le message porté par Geneviève Inagosi dépasse la seule discussion des chiffres. Il pose une question fondamentale de gouvernance publique : à quoi doit servir le budget national lorsque le pays fait face à une menace sécuritaire persistante ?

Pour la députée du Haut-Uélé, la réponse doit être inscrite dans les priorités financières de l’État : la défense du territoire, la souveraineté nationale, le renforcement des capacités militaires et l’amélioration des conditions de sécurité des populations.

Son intervention place ainsi le débat budgétaire devant une exigence politique et stratégique : faire correspondre les ambitions nationales aux moyens effectivement mobilisés pour les réaliser.

Par Michel Kasanga

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