La suspension des activités académiques dans les établissements d’enseignement supérieur et universitaire à Goma et Bukavu continue de susciter des réactions. Bichette Lweso dit comprendre les motivations du Gouvernement congolais, mais estime que la mesure prise risque de pénaliser en premier lieu les étudiants et la communauté universitaire.
Dans une opinion consacrée à cette décision, Bichette Lweso affirme avoir pris connaissance de l’arrêté n°239 de la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), ainsi que de la réaction de l’opposant Martin Fayulu.
Elle reconnaît au Gouvernement le droit de prendre des mesures pour empêcher l’AFC/M23 d’instrumentaliser les universités situées dans les zones sous son contrôle et de les utiliser pour délivrer des diplômes au nom de la République démocratique du Congo.
Pour elle, cette préoccupation relève directement de la souveraineté de l’État et apparaît donc légitime.
Cependant, Bichette Lweso estime que la suspension des activités académiques constitue une mauvaise réponse à un problème réel.
« On ne punit pas l’agresseur en sacrifiant ses propres enfants », soutient-elle, considérant que la décision risque surtout de toucher les étudiants congolais, qui se retrouvent privés de leurs activités académiques en raison d’une situation sécuritaire qu’ils n’ont pas créée.
Selon elle, fermer les auditoires à Goma et Bukavu revient à prendre le risque de détacher davantage des milliers d’étudiants du système universitaire national.
Elle va jusqu’à considérer qu’une telle décision pourrait, malgré les intentions du Gouvernement, contribuer à faire « nous-mêmes le travail de la balkanisation que nous dénonçons ».
Bichette Lweso estime que l’État devrait privilégier une stratégie d’adaptation permettant de maintenir les étudiants concernés dans le système national.
Elle propose notamment la mise en place d’une administration universitaire délocalisée à Kinshasa ou le recours aux dispositifs en ligne afin d’assurer la continuité des études et le suivi administratif des étudiants.
Elle suggère également de geler la délivrance physique des diplômes dans les zones concernées, tout en maintenant le droit des étudiants à poursuivre leur formation.
Pour elle, l’État peut ainsi empêcher l’AFC/M23 d’utiliser les institutions universitaires à des fins politiques ou administratives, sans pour autant interrompre les parcours académiques des étudiants.
« La solution n’est pas la SUSPENSION, c’est l’ADAPTATION », insiste-t-elle.
Dans cette logique, Bichette Lweso appelle le Gouvernement à reconsidérer l’arrêté n°239 et à rechercher une solution permettant de préserver à la fois l’autorité de l’État, la souveraineté nationale et l’avenir académique des étudiants de Goma et Bukavu.
« La République ne suspend pas ses enfants, même quand son territoire est occupé. Elle les garde attachés à elle. C’est ça résister », estime-t-elle.
Bichette Lweso demande ainsi aux autorités congolaises de privilégier une approche qu’elle veut à la fois patriotique et humaine, afin que la situation sécuritaire dans l’Est ne se traduise pas par une rupture entre les étudiants concernés et les institutions nationales.
« Nous sommes un seul peuple. Goma et Bukavu, c’est la RDC », conclut-elle.
Prince Muelela