La saisine de l’Assemblée nationale par Kalaa Mpinga Katema dans les dossiers PHC et Fina Log dépasse désormais le cadre d’une simple dénonciation ou d’un différend entre acteurs économiques. Elle place l’institution parlementaire au cœur d’une question fondamentale : celle de la protection du patrimoine public, du contrôle de l’action gouvernementale et du respect de l’État de droit.
En République démocratique du Congo, le Parlement n’est pas une simple chambre d’enregistrement. La Constitution lui confère une mission essentielle : contrôler l’action du Gouvernement, veiller à la bonne gestion des biens publics et garantir que l’intérêt général prime sur toute autre considération. Face aux graves allégations entourant la disparition présumée des participations de l’État dans Plantations et Huileries du Congo (PHC), ainsi qu’aux interrogations liées aux opérations concernant Fina Log, l’Assemblée nationale est désormais appelée à exercer pleinement ce pouvoir.

Une responsabilité constitutionnelle non négociable
L’article 100 de la Constitution consacre le pouvoir de contrôle du Parlement sur le Gouvernement, les entreprises publiques, les établissements et services publics. Ce pouvoir n’est ni symbolique ni facultatif. Il constitue l’un des piliers de l’équilibre institutionnel et de la redevabilité démocratique.
Lorsqu’une pétition documentée, appuyée par des pièces juridiques, des statuts, des procès-verbaux et des éléments susceptibles de mettre en cause la gestion d’actifs stratégiques de l’État, est déposée devant la représentation nationale, celle-ci a le devoir d’y donner une suite diligente. Le silence, l’attentisme ou l’inaction ne sauraient être neutres ; ils pourraient être interprétés comme une renonciation à l’une de ses missions régaliennes.
PHC et Fina Log : des actifs stratégiques au cœur de l’intérêt national

Les affaires PHC et Fina Log touchent à des secteurs névralgiques de l’économie nationale. D’un côté, l’agro-industrie, avec ses enjeux de sécurité alimentaire, d’emploi et de développement rural. De l’autre, la logistique pétrolière, maillon essentiel de l’approvisionnement énergétique du pays.
Dans les deux cas, les interrogations soulevées portent sur la préservation des intérêts patrimoniaux de l’État, la régularité des procédures engagées, ainsi que la transparence des décisions prises. Ces questions ne relèvent pas d’un simple débat technique ; elles concernent directement la souveraineté économique de la République.
L’urgence d’une action parlementaire forte
L’Assemblée nationale ne peut se limiter à accuser réception de cette pétition. Elle doit agir avec célérité, rigueur et impartialité. La mise en place d’une commission spéciale ou la saisine immédiate des commissions permanentes compétentes apparaît aujourd’hui comme une nécessité institutionnelle.
Cette démarche permettrait d’entendre toutes les parties concernées : les anciens et actuels responsables du ministère du Portefeuille, les mandataires impliqués, les dirigeants des entités concernées, les experts techniques ainsi que tout autre acteur susceptible d’éclairer la représentation nationale.
Une telle initiative offrirait au Parlement l’occasion de faire toute la lumière sur les faits, d’établir les responsabilités éventuelles et, le cas échéant, de formuler des recommandations ou d’engager les procédures prévues par la loi.
Un test majeur pour la gouvernance sous Félix Tshisekedi
Depuis son accession à la magistrature suprême, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a fait de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption et de la restauration de l’autorité de l’État des axes majeurs de son action politique.
L’examen rigoureux des dossiers PHC et Fina Log constituerait une illustration concrète de cette volonté politique. Car l’État de droit ne se mesure pas seulement à la qualité des discours, mais surtout à la capacité des institutions à agir avec indépendance, courage et fidélité à leur mission.
Permettre au Parlement d’exercer sans entrave ses prérogatives dans cette affaire, c’est renforcer la crédibilité de l’engagement présidentiel en faveur de la transparence et de la redevabilité.
Le Parlement face à l’Histoire
L’Assemblée nationale se trouve aujourd’hui à un moment décisif. Son attitude dans cette affaire déterminera la perception de son rôle dans la consolidation de la démocratie congolaise.
Choisira-t-elle d’assumer pleinement sa mission de contrôle, de défendre le patrimoine national et de faire triompher la vérité ? Ou laissera-t-elle s’installer le doute sur sa capacité à protéger les intérêts supérieurs de la Nation ?

Au-delà des personnes et des intérêts en présence, c’est la crédibilité des institutions républicaines qui est en jeu. Le peuple congolais attend de ses représentants qu’ils incarnent la vigilance, l’exigence de transparence et la défense sans compromis du bien commun.
Dans les dossiers PHC et Fina Log, le Parlement a l’occasion de démontrer qu’il demeure le gardien vigilant de l’intérêt national. Il lui appartient désormais de se saisir de cette affaire avec toute la diligence qu’exigent la gravité des faits allégués, l’impératif de bonne gouvernance et l’idéal d’un véritable État de droit.
Michel Kasanga