Le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a réaffirmé mercredi à Kinshasa la compétence des juridictions congolaises pour poursuivre les crimes de guerre imputés aux troupes rwandaises et à leurs alliés dans l’Est du pays.
« Notre justice est compétente pour examiner toutes les infractions commises sur le territoire national, y compris les violations graves des droits humains et du droit international humanitaire », a-t-il déclaré lors d’un briefing conjoint avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, retransmis sur la RTNC.
Depuis 1994, Kigali est accusé de soutenir des groupes armés actifs dans l’Est de la RDC, de se livrer au pillage des ressources naturelles et de commettre des exactions contre les populations civiles. La résurgence du M23, fin 2022, a ravivé ces accusations, les Nations Unies et plusieurs ONG dénonçant de nouveaux massacres imputés à ce mouvement armé.
Selon le ministre de la Justice, les autorités congolaises poursuivent la documentation de ces crimes en vue de procédures judiciaires, tandis que le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a mandaté des experts pour en assurer le suivi.
Guillaume Ngefa a par ailleurs mis en garde les magistrats et acteurs de la justice opérant dans les zones occupées, les appelant à ne pas souscrire à des initiatives « illégales et illégitimes », rappelant que « la souveraineté judiciaire appartient uniquement à l’État congolais ».
De son côté, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a dénoncé une « violation flagrante des principes fondamentaux du droit international et régional ». « Ce qu’ils essaient de faire viole même les prescrits de la Déclaration des principes, qui reposent notamment sur le respect de la Constitution et de la Charte de l’Union africaine », a-t-il martelé, réaffirmant que « la souveraineté des institutions congolaises est non négociable » et que « la RDC ne cédera pas face aux manœuvres de l’AFC/M23 ».

Au-delà de ces dossiers, Guillaume Ngefa a rappelé que sa priorité reste la lutte contre la corruption au sein du système judiciaire. « La corruption constitue le premier chantier. Je travaillerai avec le Conseil supérieur de la magistrature pour y faire face », a-t-il indiqué.
Le ministre a reconnu les faiblesses du secteur, marqué par un manque d’indépendance, des pratiques de corruption et l’insuffisance d’infrastructures.
Il a enfin alerté sur la situation sanitaire critique dans certaines prisons du pays. À Kasapa, à Lubumbashi, 800 cas de tuberculose ont été recensés sur 2.600 détenus. « Il faut mettre en place un programme d’urgence pour que ces établissements ne deviennent pas des mouroirs », a-t-il conclu.
Prince Muelela