Nous avons fui pour sauver nos enfants. Aujourd’hui, nous n’avons plus que notre voix pour alerter. » Depuis la France, où elle vient d’obtenir un statut provisoire, la famille Lukoki lance un appel poignant à la communauté internationale, dénonçant les menaces, les humiliations et la peur qui les ont poussés à l’exil.
Freddy Lukoki Kabasele, 44 ans, est un technicien de maintenance ayant travaillé pour une organisation internationale de la place.
Marié, père de trois enfants, il menait une vie paisible à Kinshasa… jusqu’à ce que la politique et les tensions ethniques viennent tout faire basculer.
Militant de longue date au sein du PPRD, Freddy devient une cible après la rupture entre le FCC et l’UDPS. Le climat politique se durcit, et en avril 2025, la levée de l’immunité de Joseph Kabila provoque une chasse aux sorcières. Peu après, leur domicile familial est attaqué. « Ils sont venus de nuit, armés, criant des slogans haineux. Les enfants ont tremblé de peur pendant des jours », témoigne son épouse, la voix brisée.
Au-delà de l’engagement politique de Freddy, c’est aussi son identité métissée qui devient un fardeau. Fils d’un Mukongo et d’une Muluba, il subit une hostilité croissante de la part de milices radicalisées, alimentées par un tribalisme virulent. Sa femme, elle-même Mukongo, est licenciée sans motif valable : « On m’a dit clairement que mon nom dérangeait. Que je devais partir si je tenais à ma sécurité. »
Leurs enfants, âgés de 6 à 14 ans, sont victimes d’intimidations à l’école. « On leur disait que leur père était un traître, qu’ils ne méritaient pas de vivre ici », ajoute Freddy, le regard lourd de souvenirs.
Face à l’inaction des autorités congolaises, malgré des plaintes déposées, la famille n’a eu d’autre choix que de se cacher pendant plusieurs semaines avant de quitter clandestinement le pays en août 2025. Aujourd’hui réfugiés en France, ils survivent dans un centre d’hébergement d’urgence, dans l’attente d’une réponse à leur demande d’asile.
« Nous avons fui la mort. Nous ne demandons ni pitié, ni privilège. Seulement le droit de vivre en paix et d’offrir un avenir à nos enfants », implore Marie-Louise, la sœur de Freddy, restée au pays mais en contact constant avec la famille en exil. « Ce qui leur arrive peut arriver à n’importe qui. Aujourd’hui, c’est Freddy. Demain, ce sera qui ? »
Un appel à la solidarité internationale
La famille Lukoki interpelle les ONG, les institutions européennes et les défenseurs des droits humains. Elle demande la protection, mais aussi une prise de conscience face à la montée alarmante des violences politiques et ethniques en RDC.
« Le silence est une forme de complicité. Si personne ne parle, combien d’autres devront fuir, ou mourir, pour leurs idées ou leur nom de famille ? », conclut Freddy, la gorge serrée.
JMM