Il est difficile de parler d’espoir quand les chiffres crient l’abandon.
Difficile de croire en l’avenir quand le diplôme, symbole autrefois de réussite, est devenu un simple papier jauni par l’attente.
En République démocratique du Congo, plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, une force théorique, un potentiel extraordinaire. Mais dans les faits, cette jeunesse se débat dans un labyrinthe sans issue : le chômage de masse.
Selon le PNUD, près de 72 % des jeunes Congolais en âge de travailler sont sans emploi formel. Une statistique froide, presque abstraite, sauf quand on la vit. Et ils sont des millions à la vivre, chaque jour, avec rage contenue ou résignation silencieuse.
« J’ai une licence en économie, mais je vends des cartes de recharge sur le boulevard », dit Patrick. Il ne s’en plaint même plus. Il l’énonce comme une réalité, comme on parlerait d’un ciel couvert.
Chaque année, plus de 300 000 diplômés sortent des universités congolaises. Le marché, lui, ne crée que des miettes. Moins de 10 % accèdent à un emploi décent dans les deux ans qui suivent. Le reste est absorbé, presque aspiré, par une économie informelle qui ne promet que la survie, jamais l’ascension.
La débrouillardise est devenue un rite d’entrée dans la vie adulte. Pas un choix, une nécessité. On apprend à vendre, à bricoler, à courir derrière les opportunités comme on courrait après des trains qui ne s’arrêtent jamais.
« Ce pays ne te donne rien, mais t’oblige à créer », lance Josué, coiffeur autodidacte dans un container à Goma. Une phrase admirable, mais tragique aussi. Car derrière l’ingéniosité se cache souvent la fatigue, et parfois la honte.
Il ne s’agit pas ici de dénoncer la jeunesse. Elle est debout, elle se bat. Mais que peut-elle accomplir seule, dans un pays qui ne lui tend que des murs ?
Quand la formation ne correspond plus à la réalité économique, quand les politiques publiques s’éloignent de la jeunesse comme un bateau sans rame, quand les rêves d’exil deviennent plus rationnels que ceux de rester, alors il faut s’inquiéter.
Et profondément.
Une étude conjointe de l’OIT et de l’UNICEF publiée en 2023 révèle que 68 % des jeunes Congolais ne croient plus en leur avenir ici, à moins d’un changement radical dans les deux prochaines années.
Une jeunesse qui attend… ou qui explose ?
Nous sommes peut-être à la veille d’un basculement. Car un pays qui étouffe sa jeunesse est un pays qui joue avec le feu. La frustration devient colère. La colère devient rejet. Et un jour, on ne parlera plus de chômage, mais de révolte.
Il faut plus que des promesses. Il faut une politique courageuse, cohérente et cohésive.
Investir dans l’éducation professionnelle, faciliter l’accès au crédit, valoriser les métiers techniques, protéger les jeunes travailleurs, assainir le climat économique… Bref, traiter les jeunes comme des citoyens à part entière, et non comme un fardeau de statistiques.
Une dernière question
Et si la vraie richesse du Congo n’était ni son sous-sol, ni son fleuve, ni ses forêts, mais sa jeunesse ?
Alors pourquoi attend-elle encore dans le noir, quand on lui promettait la lumière ?
Prince Muelela