L’exploitation illégale des ressources naturelles congolaises n’est pas un phénomène nouveau. Ce qui change, en revanche, c’est la manière dont l’opinion française relie désormais conflits armés, prédation économique et responsabilité des entreprises occidentales.
Longtemps cantonnée aux cercles militants et aux ONG, la question des « minerais de sang » a franchi un seuil décisif. Selon un sondage Norstat réalisé les 30 et 31 janvier 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français, 94 % des personnes interrogées souhaitent sanctionner les entreprises impliquées dans des chaînes d’approvisionnement liées aux violences en République démocratique du Congo (RDC). Ce chiffre marque un tournant : la guerre économique n’est plus perçue comme un angle mort de la géopolitique, mais comme un champ de responsabilité morale directe pour les acteurs privés
L’exploitation illégale des ressources naturelles congolaises n’est pas un phénomène nouveau. Ce qui change, en revanche, c’est la manière dont l’opinion française relie désormais conflits armés, prédation économique et responsabilité des entreprises occidentales. Le sondage Norstat est sans équivoque : 94 % des Français estiment qu’il faut sanctionner les entreprises qui achètent des minerais issus de zones de conflit lorsque ces ressources sont associées à des violences et à des pertes humaines. Plus de la moitié d’entre eux appellent à des sanctions claires, et non à de simples mécanismes incitatifs. Cette prise de position massive fait entrer la chaîne de valeur dans le champ du débat public, au même titre que les stratégies étatiques.

La fin de l’innocence économique
Pendant longtemps, les entreprises ont pu invoquer la complexité des circuits d’approvisionnement mondialisés pour se tenir à distance des conflits armés. Cette ligne de défense s’effrite. Ce qui est frappant, c’est que les Français ne s’arrêtent pas à la condamnation des États. Ils interrogent désormais la responsabilité des entreprises, des chaînes de valeur et des circuits d’approvisionnement. L’opinion ne distingue plus radicalement sphère économique et sphère géopolitique. Elle considère que l’acte d’achat, la politique de sourcing ou l’absence de traçabilité participent, de fait, aux rapports de force internationaux.
La fin de l’innocence économique
Pendant longtemps, les entreprises ont pu invoquer la complexité des circuits d’approvisionnement mondialisés pour se tenir à distance des conflits armés. Cette ligne de défense s’effrite. Ce qui est frappant, c’est que les Français ne s’arrêtent pas à la condamnation des États. Ils interrogent désormais la responsabilité des entreprises, des chaînes de valeur et des circuits d’approvisionnement. L’opinion ne distingue plus radicalement sphère économique et sphère géopolitique. Elle considère que l’acte d’achat, la politique de sourcing ou l’absence de traçabilité participent, de fait, aux rapports de force internationaux.
La guerre économique comme fait moral
Ce basculement est profond. Il signifie que la guerre économique n’est plus perçue comme un jeu abstrait de compétitivité ou d’accès aux ressources, mais comme un phénomène aux conséquences humaines directes. « Le conflit entre la RDC et le Rwanda n’a jamais été un conflit abstrait. C’est un conflit profondément meurtrier, inscrit dans la durée », rappelle un spécialiste du dossier qui, comme beaucoup de responsables français, reste très méfiant lorsqu’il s’agit de prendre la parole sur ce sujet. En reliant l’extraction de minerais stratégiques aux violences subies par les populations civiles congolaises, l’opinion française impose une lecture morale des chaînes d’approvisionnement, jusqu’ici largement absente du débat public généraliste.
Pressions normatives et risques réputationnels
Cette évolution n’est pas sans conséquences pour les entreprises concernées. Un important dirigeant industriel, là-aussi sous couvert d’anonymat, confie que « le risque n’est plus seulement juridique ou réglementaire, il devient réputationnel et stratégique ». La sanction ne vient pas uniquement des tribunaux ou des autorités de régulation, mais de la société elle-même, par la pression médiatique, les choix de consommation et l’activisme actionnarial. Dans ce contexte, la traçabilité, la transparence et la diligence raisonnable ne sont plus des options de communication, mais des impératifs de gouvernance.

Un déficit médiatique qui accélère la politisation
Le sondage révèle également un profond sentiment d’injustice médiatique. 92 % des Français jugent que le conflit au Kivu est insuffisamment présent dans le débat public et médiatique international, une proportion qui atteint 95 % chez les moins de 35 ans. Ce déficit de visibilité nourrit la suspicion : lorsque les violences sont invisibilisées, les entreprises soupçonnées d’en tirer profit apparaissent comme les bénéficiaires d’un silence organisé. Les Français jugent désormais les acteurs économiques à l’aune de principes simples : refus de la prédation et du double discours…
Vers une contrainte durable sur les acteurs privés
Pris dans leur ensemble, les résultats du sondage Norstat réalisé fin janvier 2026 traduisent l’émergence d’une contrainte durable. L’opinion publique devient un acteur à part entière de la régulation économique internationale, capable d’imposer des normes là où le droit peine encore à s’appliquer. Nous assistons à une transformation profonde : l’opinion publique devient un acteur stratégique, capable de produire de la contrainte normative, juridique et réputationnelle.
Pour les entreprises, l’enjeu est désormais clair : continuer à considérer la guerre économique comme un domaine neutre, ou accepter qu’elle engage pleinement leur responsabilité morale dans un monde où les chaînes de valeur sont devenues des lignes de front invisibles…
✍🏾 Jack Zaoui