jeu. Jan 22nd, 2026

Invité à Kinshasa pour “retrouver ses racines africaines”, Mike Tyson repart sans un mot, sans une image, sans un tweet.
Un silence assourdissant qui révèle, une fois de plus, les failles profondes de la communication publique congolaise : une tendance à confondre prestige emprunté et stratégie d’image construite.

Un coup médiatique sans matrice stratégique

La visite de Mike Tyson devait être un événement symbolique, le retour d’un champion mondial, figure mythique du combat Ali–Foreman, sur la terre qui a marqué l’histoire de la boxe.
Mais à l’épreuve des faits, cette opération révèle une improvisation inquiétante.
Aucun récit cohérent, aucun message clair, aucune trace numérique de l’événement sur les plateformes du principal intéressé.

Et pourtant, Tyson compte plus de 75 millions d’abonnés à travers ses réseaux :
6,3 millions sur X, 23 millions sur Facebook, 33,5 millions sur Instagram et 13,4 millions sur TikTok.
Une audience planétaire totalement inexploitable faute d’un plan de communication intégré.

Aucune publication, aucun contrat d’image, aucun relais médiatique international.
Une opportunité de soft power transformée en silence digital.

La notoriété ne remplace pas la stratégie

En communication publique, la notoriété ne suffit pas.
Elle doit être transformée en capital symbolique à travers un récit, une intention, une cohérence.
La RDC, hélas, s’obstine à confondre la visibilité d’une célébrité étrangère avec la construction d’une image nationale.

Inviter une star mondiale ne produit aucun impact durable si l’opération n’est pas adossée à une narration.
Dans le cas Tyson, aucun storytelling sur le lien historique entre Kinshasa et la boxe, aucun message sur la fierté africaine, aucune articulation avec le patrimoine du “Rumble in the Jungle”.
L’événement est resté orphelin de sens — et donc d’efficacité.

Des précédents tout aussi révélateurs

Le dossier Barcelone, annoncé avec fracas puis oublié dans le brouillard, en est un exemple.
Présenté comme un partenariat stratégique pour la formation sportive, il s’est réduit à un effet d’annonce sans plan de suivi ni évaluation d’impact.
Une “diplomatie d’image” réduite à un one shot sans rebond narratif.

Même scénario avec les visites de Grand P et Eudoxie Yao, transformées en opération de divertissement médiatique.
Là encore, l’État s’est contenté du buzz, sans indicateurs de performance symbolique ni stratégie d’influence durable. Résultat, du bruit, des photos virales, mais aucune construction de réputation.

Ces épisodes traduisent une tendance lourde, la dépendance au prestige importé, au détriment du développement d’un capital narratif endogène.

La communication d’État ne s’improvise pas

La diplomatie d’image ne relève ni du spectacle ni du protocole.
Elle s’inscrit dans une politique publique de marque pays (nation branding) articulant diplomatie, culture, sport et innovation.
Les nations qui réussissent leur stratégie d’influence Maroc, Rwanda, Ghana investissent dans des récits structurés, portés par leurs talents nationaux, et relayés par une communication planifiée.

Une telle démarche suppose :

un positionnement clair (identité, valeurs, ambitions) ;

une gouvernance de la communication nationale ;

et un système d’évaluation de l’impact symbolique des initiatives menées.

Autrement dit, une professionnalisation de la communication publique.
Pas une succession d’événements spectaculaires sans lendemain.

Du prestige à la valeur : changer de paradigme

L’image d’un pays ne se loue pas à coups de cachets versés à des stars internationales.
Elle se construit dans la durée, à partir de la cohérence du discours, de la crédibilité des politiques publiques et de la mise en valeur de ses propres acteurs.
Le Congo regorge d’artistes, d’athlètes, de créateurs et de penseurs capables de porter une image forte et moderne du pays.
Encore faut-il leur donner la place qu’ils méritent dans la stratégie nationale d’influence.

Une leçon de communication

L’affaire Mike Tyson n’est pas un simple incident médiatique.
C’est une leçon de gouvernance symbolique, sans stratégie, la communication devient gaspillage.
Tant que la RDC continuera à confondre la présence de stars avec une politique d’image, elle restera prisonnière d’une diplomatie du spectacle.

La communication n’est pas un décor, c’est un outil de puissance.
Et la puissance, elle, se bâtit sur la vision, pas sur les selfies.

Par Merveille Lundula Dikoma
Expert en stratégie de communication.

By PR

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