Tribune de Prince Muelela
On le cloue au pilori. On le traîne dans la boue. On le traite de « traître ».
Mais qui, en 2018, a eu le courage de taire ses propres ambitions pour donner une chance à l’alternance ? Qui, en plein tumulte, a posé un acte d’abnégation en s’alliant à Félix-Antoine Tshisekedi, alors que tout le monde doutait ?
C’est Vital Kamerhe.
Il a accepté de s’effacer, de mettre son rêve présidentiel entre parenthèses, pour porter celui de tout un peuple. Ensemble, ils ont parcouru villes et villages, affrontant les puissances d’hier, défiant les pronostics, déjouant les pièges. C’est cette alliance qui a changé le cours de l’histoire du Congo.
On l’a encore traité de « traître ». Mais en 2023, l’homme n’a pas hésité à répéter le sacrifice. De nouveau, il a rangé ses ambitions personnelles. De nouveau, il a choisi la loyauté et la fidélité. Tandis que d’autres négociaient, calculaient, trahissaient, lui, Kamerhe, a mouillé le maillot, sans rien attendre en retour sinon la stabilité du pays.
Et pourtant, c’est lui qu’on frappe.
C’est lui qu’on affaiblit. C’est lui qu’on veut abattre.
Aujourd’hui, dans le navire de l’Union sacrée, tout le monde a embarqué : les anciens très kabilistes, les opposants les plus farouches du régime Tshisekedi, même ceux qui, hier encore, l’insultaient. Tous ont trouvé leur place. Mais le seul compagnon fidèle, le seul qui a résisté aux tempêtes, c’est lui que l’on veut jeter par-dessus bord.
Tout était programmé : réduire son budget de fonctionnement, l’isoler, salir son image, préparer les opinions. Et voici la pétition, sortie comme un couperet. Une pétition qui n’est pas un cri de justice, mais une arme. Une arme de règlement de comptes, déguisée en démarche démocratique.
Alors la question s’impose : à qui profite ce lynchage politique ?
À qui profite la fragilisation de l’Assemblée nationale, au moment où notre pays est en guerre ?
À qui profite l’affaiblissement de l’un des rares hommes qui a su rester fidèle dans les heures sombres ?
Vital Kamerhe n’est pas un saint, nul ne l’est. Mais ce qu’on lui reproche aujourd’hui est moins grave que ce qu’il a déjà porté hier. L’homme a déjà payé un lourd tribut à la vie politique : procès, prison, humiliation, attaques personnelles, jusqu’à l’agression de sa propre résidence. Et pourtant, il s’est relevé. Toujours debout, toujours au service du Congo.
Mais sa fidélité ne se limite pas à la politique intérieure. Vital Kamerhe a été un artisan de la diplomatie parlementaire pour la paix. Partout où il est intervenu, il a plaidé pour la réconciliation et la stabilité régionale. Devant les représentants du Rwanda, il a tenu des discours forts et mesurés, rappelant que « la RDC et le Rwanda sont condamnés par l’histoire et la géographie à vivre en bonne entente » et que la paix ne peut se construire qu’avec respect mutuel et souveraineté. Il n’a cessé de prêcher la paix, de tendre la main aux voisins tout en affirmant fermement la dignité et les droits de la RDC.
Alors oui, on peut détruire un homme. On peut salir son nom. On peut le transformer en cible de toutes les frustrations. Mais l’histoire, elle, ne ment jamais. Elle retiendra que Vital Kamerhe a été le bouc émissaire d’intérêts sombres. Elle retiendra qu’il a été victime d’une cabale soigneusement orchestrée. Elle retiendra surtout que, dans un monde de reniements et de retournements, il a choisi la fidélité et la paix.
Et demain, quand la poussière retombera, on découvrira que l’on a voulu briser non pas seulement un homme, mais un symbole. Un martyr de la fidélité.
Un ambassadeur de la paix.
Prince Muelela