jeu. Jan 22nd, 2026

À l’heure où le pays continue de saigner dans ses provinces orientales, le président Félix Tshisekedi annonce un remaniement ministériel. L’annonce, faite lors du Conseil des ministres du 25 juillet, était attendue. Mais au-delà de l’effet d’annonce, une question fondamentale se pose : s’agira-t-il d’un véritable gouvernement d’ouverture, capable de changer la donne, ou d’une simple opération de confort politique ?

Un remaniement pour faire la paix ou pour faire plaisir ?

Dans un contexte aussi tendu que celui de la République démocratique du Congo — avec une économie sous pression, une insécurité chronique dans l’Est, une diplomatie hésitante — un remaniement ne peut être perçu comme un jeu de chaises musicales. S’il doit intervenir, il doit avoir du sens. La priorité absolue reste la paix au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Et cette paix ne viendra pas uniquement des militaires. Elle viendra aussi des visages civils, des femmes et des hommes intègres, porteurs d’une nouvelle vision, capables de construire la paix avec les communautés, d’écouter, de négocier, de réparer.

Les profils qu’il faut pour changer le récit à l’Est

Il est temps de rompre avec les nominations de complaisance ou fondées sur le seul équilibre géopolitique. L’Est du pays a besoin de ministres de terrain :

Un ministre de la Défense conscient de la réalité des populations, fin stratège, capable de mettre fin à l’opacité des opérations militaires.

Un ministre de l’Intérieur rigoureux, non affilié à des réseaux de prédation, capable de restaurer la confiance entre les autorités et les populations locales.

Un diplomate offensif, rompu aux mécanismes de médiation, qui saura repositionner la RDC dans les processus régionaux et internationaux, notamment autour de l’accord de Doha et des initiatives soutenues par les États-Unis.

Un gouvernement d’ouverture : quelle place pour l’opposition ?

Si l’ouverture est sincère, la participation de l’opposition pourrait représenter un tournant historique. Mais à une condition : que cette participation ne soit pas symbolique ou cosmétique. L’opposition doit pouvoir peser dans les décisions, avoir accès aux portefeuilles régaliens ou aux secteurs cruciaux comme la Justice, la Décentralisation ou les Droits humains.

Une vraie coalition nationale pourrait désamorcer la polarisation actuelle, mais elle suppose une volonté politique de travailler avec ceux qui pensent différemment, pas de les absorber pour mieux les neutraliser. L’opposition, si elle joue son rôle avec courage, peut devenir un moteur d’équilibre et de rupture avec les pratiques anciennes.

Les membres du pouvoir : le choix de la continuité ou de la correction ?

C’est ici que tout se joue. Le pouvoir a l’opportunité de corriger ses erreurs. Maintenir certains profils peut se comprendre par souci de stabilité, mais reconduire des ministres inefficaces, soupçonnés de corruption ou coupés du peuple, serait suicidaire. Ce pays a besoin d’un leadership transformateur, pas de gestionnaires de privilèges.

Le chef de l’État, réélu pour un second mandat, n’a plus d’excuses : il doit assumer ses choix et montrer qu’il gouverne autrement. La réussite de ce remaniement ne se mesurera pas dans les discours, mais dans l’apaisement progressif de l’Est, la cohésion nationale, et la capacité du gouvernement à parler à toutes les couches de la société.

Ce remaniement peut être une chance historique. Ou un rendez-vous manqué de plus. Tout dépendra du courage politique à sortir des logiques anciennes, pour faire de ce moment un véritable acte de refondation.

Prince Muelela

By PR

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