La sortie de prison du colonel Daniel Mukalay, figure centrale dans l’affaire du double assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, suscite une vive émotion dans les milieux des droits humains. Condamné à 15 ans de réclusion, l’ancien responsable des services spéciaux de la police a recouvré la liberté après quatorze années d’incarcération, relançant une affaire jamais totalement refermée.
Le colonel Mukalay avait été identifié comme l’auteur de la convocation de Chebeya à l’Inspection générale de la police, la veille de la découverte macabre du corps de ce dernier, abandonné à Mitendi. Un témoin étranger l’avait reconnu comme celui ayant interrogé le militant ce jour-là. Sa condamnation en 2011 avait été perçue comme un acte fort dans un contexte politique miné par la méfiance envers la justice militaire.
Mais aujourd’hui, plusieurs organisations de la société civile s’interrogent : où en est-on réellement dans ce dossier ?
« La libération de Mukalay ne signifie pas que justice a été rendue. Les commanditaires présumés, les vrais cerveaux de l’opération, courent toujours », dénonce un activiste des droits humains sous couvert d’anonymat.
Fidèle Bazana, chauffeur et compagnon d’infortune de Chebeya, est toujours porté disparu. Sa famille, épaulée par des ONG comme la Voix des Sans Voix ou Human Rights Watch, réclame la vérité sur son sort et la localisation de sa dépouille.
Le général John Numbi, ancien inspecteur général de la police et cité à plusieurs reprises dans cette affaire, reste quant à lui en fuite, bien que visé par un mandat d’arrêt international depuis 2021. Sa non-comparution alimente un profond sentiment d’inachevé dans ce dossier que beaucoup qualifient de test majeur pour l’indépendance de la justice congolaise.
La libération de Mukalay intervient alors que les autorités actuelles se targuent de mener une lutte contre l’impunité. Pour certains observateurs, cette affaire est emblématique d’un système qui peine à solder ses comptes avec son passé.
La famille Chebeya, de son côté, réclame la réouverture de l’instruction. Une requête que la justice militaire dit examiner.
PM.