Alors que le président Félix Tshisekedi s’apprête à reconduire ou renouveler l’équipe gouvernementale, les appels en faveur d’un dialogue national se multiplient dans le pays. Deux grandes confessions religieuses, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), en sont les principales initiatrices. Elles portent une initiative baptisée Pacte social pour la paix, qui vise à créer un cadre inclusif de concertation nationale autour des grandes urgences du moment.
Un climat marqué par les tensions
Depuis les élections de décembre 2023, la RDC reste confrontée à plusieurs défis : une insécurité persistante dans l’Est, des tensions politiques entre institutions, et des signaux d’essoufflement économique. Dans ce contexte, de nombreux acteurs jugent les initiatives diplomatiques régionales (EAC, CIRGL, SADC) et les démarches internationales (Union africaine, ONU) insuffisantes pour ramener la stabilité.
« Le pays est dans une impasse institutionnelle et morale. Seul un dialogue national franc peut permettre de rétablir la confiance », estime Augustin Kabongo, analyste politique et ancien conseiller au ministère de la Décentralisation.
Une main tendue du président Tshisekedi
Félix Tshisekedi, qui a récemment reçu des délégations de la CENCO et de l’ECC, a marqué son ouverture. Il a mis à disposition une équipe issue de son cabinet pour participer aux discussions exploratoires. L’objectif est de faire émerger des propositions concrètes à partir d’un processus endogène, mené par les Congolais eux-mêmes.
Selon une source proche de la Présidence, le chef de l’État attend un rapport consolidé des travaux en cours, avant toute décision sur une éventuelle convocation d’un dialogue formel.
Réactions partagées dans la classe politique
Du côté de l’opposition, la proposition des Églises est globalement bien accueillie, même si des réserves existent. « Nous saluons l’initiative. Mais elle ne doit pas servir de manœuvre dilatoire pour prolonger un statu quo qui arrange le pouvoir », avertit un cadre de l’ECiDé.
Dans la majorité présidentielle, certains y voient au contraire une opportunité : « Il est de notre responsabilité de renforcer l’unité nationale dans un moment aussi critique », commente un député de l’Union sacrée.
PM
La société civile en attente d’actes concrets
Les organisations de la société civile appellent, pour leur part, à la transparence du processus. « Un pacte pour la paix n’aura de valeur que s’il débouche sur des réformes structurelles : justice, gouvernance électorale, sécurité des populations », estime Rachel Mukendi, membre de la Synergie des femmes pour la paix.
Pour beaucoup, ce dialogue ne doit pas être un simple forum de plus, mais un véritable tournant capable de réconcilier le pays avec ses attentes fondamentales.