jeu. Jan 22nd, 2026

Ils étaient censés franchir une étape décisive de leur parcours scolaire. À Nizi, Iga-Barrière, Lopa, Soleniama ou encore Mambasa, plus de 4 500 enfants, cartable à la main et cœur battant, attendaient le TENASOSP comme une promesse : celle d’un avenir possible au-delà des collines rouges d’Ituri. Ce test national devait les orienter vers la formation professionnelle, vers une vie meilleure. Mais au lieu des salles d’examen, ce sont les balles, les fuites et les camps de déplacés qui ont accueilli ces élèves.

La guerre, encore une fois, a eu le dernier mot.

L’école devenue luxe

En République Démocratique du Congo, l’école est censée être un droit. En Ituri, elle est devenue un luxe. L’instabilité chronique, les groupes armés, les affrontements récurrents entre les FARDC et les milices comme la CRP de Thomas Lubanga ou les rebelles ADF, rendent l’éducation impossible dans de vastes zones. Ce n’est plus une exception. C’est la norme.

Comment justifier qu’en 2025, dans un pays aussi riche de ressources humaines et naturelles, des enfants soient forcés de redoubler une année scolaire non par échec, mais parce que les armes les ont empêchés de passer un test ?

Une génération sacrifiée en silence

Plus de 4 500 élèves absents au TENASOSP sur les 27 398 inscrits dans l’Ituri 1, c’est plus qu’un chiffre. C’est une génération abandonnée en rase campagne. Des garçons et des filles qui rêvaient de devenir infirmiers, ingénieures, menuisiers, mécaniciennes ou enseignants. Des élèves que l’État n’a pas su protéger, à qui il ne proposera même pas une session spéciale ou une mesure de rattrapage.

Ces enfants ne sont pas juste « absents ». Ils sont délogés, traumatisés, oubliés.

La banalisation du drame

Le pire dans tout cela, c’est peut-être la froideur avec laquelle la nouvelle a été livrée. Comme un fait divers ordinaire. Une ligne dans un rapport. Une brève dans le journal. Mais que fait-on de ces 4 580 rêves suspendus ? De ces familles déplacées ? De ces écoles désertées et de ces instituteurs réduits au silence ?

Combien faudra-t-il de générations sacrifiées avant que la République ne comprenne que l’avenir d’un pays commence dans une salle de classe, et non dans un cantonnement militaire ?

L’appel d’Ituri

Ce n’est pas seulement à Bunia ou à Kinshasa que ce cri doit retentir. C’est dans chaque conscience que cette question doit faire écho : Peut-on encore prétendre bâtir une nation, si l’on laisse les enfants mourir dans l’oubli scolaire ?

Ituri n’a pas besoin que de troupes. Elle a besoin d’instituteurs. Elle n’a pas besoin que de discours sécuritaires. Elle a besoin de politiques de résilience éducative. Elle a besoin que l’école revienne. Pas dans un an. Pas quand la guerre cessera. Mais maintenant.

Parce que pendant qu’on attend, les armes enseignent à la place des maîtres.

PRINCE MUELELA

By PR

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